De nombreuses Églises africaines accordent une place prépondérante, dans leurs cultes, à l’exorcisme et à d’autres démonstrations de puissance. Ces cultes spéciaux comprennent des ministères de guérison et de prophétie, parfois même des prétentions de la résurrection des morts. À mon avis, cette emphase sur les manifestations de puissance découle de croyances profondément enracinées dans les religions traditionnelles concernant les esprits maléfiques, la mort, la maladie et la sorcellerie. La culture africaine est presque indissociable du monde spirituel. D’un côté, c’est une bonne chose, car nous vivons effectivement dans un monde spirituel. De l’autre, cependant, cela peut entraîner une peur généralisée de ces forces, et détourner notre attention de l’Évangile vers elles.
De nombreuses Églises africaines accordent une place prépondérante à des démonstrations de puissance pendant le culte.
D’une manière générale, il existe deux points de vue prédominants sur cette question. D’une part, certains affirment que la manifestation des puissances mentionnées ci-dessus est essentielle à nos rassemblements. Ils évoquent les miracles de Jésus ou des apôtres pour soutenir leur position. À l’inverse, d’autres soutiennent que toutes ces pratiques et les miracles en général ont pris fin avec Jésus et les apôtres (Hébreux 2.3-4 ; Éphésiens 2.20).
Dans cet article, je voudrais partager quelques réflexions bibliques sur la manière dont nous pourrions aborder les questions des démons, de la guérison et de la mort d’une manière à la fois fidèle aux Écritures et pertinente pour notre contexte culturel. Je commencerai par développer l’enseignement biblique sur la mort et les démons (ou esprits maléfiques). Ensuite, nous examinerons les miracles, en particulier leur but et la manière dont ils pointent au-delà de ce monde. Enfin, je proposerai comment nous pourrions approcher la maladie, la mort et les démons à la lumière de la puissance de Dieu.
Une Brève Théologie de la Souffrance et du Mal
1. La Maladie et la Mort: Les Preuves d’un Monde Déchu
La mort et la maladie témoignent d’un monde placé sous le jugement. Pour affronter efficacement ces ennemis, il est important de comprendre leurs origines et le contexte dans lequel ils existent. Dans de nombreuses cultures africaines, il existe une croyance répandue selon laquelle chaque maladie a une cause spécifique, souvent attribuée à des forces maléfiques. Cette croyance contient une part de vérité. Cependant, il peut être trompeur d’affirmer que la maladie ou la mort sont toujours le résultat des actions de quelqu’un ou d’une malédiction.
La maladie et la mort ne sont pas uniquement des problèmes personnels. Ce sont les conséquences de la chute.
La théologie chrétienne affirme que Dieu a créé un monde parfait. Il a placé Adam et Ève dans un environnement exempt de maladie, de mort et de puissances démoniaques (Genèse 1–2). Or, ce n’est pas l’expérience que nous faisons du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Parce que l’humanité a rejeté l’autorité de Dieu (Genèse 3). Les hommes ont voulu gouverner le monde selon leurs propres termes, indépendamment de Dieu. Et c’est cette rébellion qui a introduit le chaos et la souffrance dans le monde. De plus, cela n’a pas seulement affecté l’humanité, mais aussi la création tout entière (Romains 8.22). Cette compréhension plus large est essentielle pour bien saisir la réalité de la maladie et de la mort. Certes, dans certains cas, elles ont des causes immédiates et discernables. Mais même dans ces situations-là, elles découlent fondamentalement de l’état déchu de notre monde.
Comme l’affirme Romains 5.12 : « La mort s’est étendue à tous les hommes parce que tous ont péché. » Cela signifie que la maladie et la mort ne sont pas uniquement des problèmes personnels. Elles sont les conséquences de la chute, du péché et du juste jugement de Dieu. Collectivement, l’humanité souffre à cause de sa rébellion contre Dieu.
Comparer cela à la culture africaine, où les malheurs personnels sont souvent attribués à une faute commise ou à la sorcellerie. En Afrique, il existe une tendance à attribuer la maladie à des attaques spirituelles ou des malédictions, ce qui nourrit la peur et les spéculations. Je ne nie pas pour autant la réalité de la sorcellerie. J’ai moi-même vu ses effets au Zimbabwe. Mais il est crucial de reconnaître qu’elle n’est pas la cause de toutes les maladies ni de tous décès. Notre monde est sous le jugement de Dieu. Par conséquent, les médiums ou les intermédiaires spirituels ne peuvent résoudre le problème le plus fondamental. Car la maladie et la mort sont la manifestation d’une réalité beaucoup plus profonde : le péché.
Centrer nos cultes sur les démonstrations de puissance revient à perdre de vue l’ampleur réelle du problème. Certes, nous pouvons prier pour la guérison, mais en fin de compte, tout le monde mourra et fera face au jugement (Hébreux 9.27).
2. Les Anges et Les Démons : Preuves de l’Existence du Monde Spirituel
Plus brièvement que ce qui précède, abordons les origines des démons. Ailleurs, j’ai traité ce sujet plus en détail. Ici, je souhaite surtout souligner que les démons existent bel et bien. La Bible le confirme, en les décrivant comme des esprits maléfiques qui ont péché contre Dieu. À l’origine, ils étaient comme de bons anges. Mais Dieu les a chassés du ciel avec leur chef, le diable, et ils perpétuent désormais le mal dans le monde (Ésaïe 14.12-15).
Les démons existent. Nous sommes engagés dans un combat spirituel.
L’Église occidentale ne doit pas se laisser tromper. Les démons existent. Nous sommes engagés dans un combat spirituel (Ephésiens 6.12-13). Ayant grandi dans un village, j’ai été témoin direct de réalités spirituelles. De nombreux Zimbabwéens croient que ces esprits sont les âmes vengeresses des défunts. Cependant, selon la Bible, cette croyance est erronée. Car une fois qu’une personne meurt, elle ne peut plus revenir parmi les vivants (Job 7.9-10).
3. Les Miracles de Jésus : un Moyen pour Parvenir à une fin
Dans mon contexte, beaucoup de gens soutiennent que nous devrions pratiquer régulièrement la guérison et l’exorcisme, car Jésus a donné cette instruction à ses apôtres. Ils ajoutent généralement : « Vous ferez des choses plus grandes encore que celles-ci » (Jean 14, 12). Même si ce verset ne précise pas en quoi consistent ces « choses plus grandes », ni même à quoi se réfère le mot « celles-ci ».
Dans les Évangiles, il est indéniable que Jésus a donné à ses apôtres le pouvoir de chasser les démons et de guérir les malades. Cependant, il ne semble pas que cette autorité ait eu pour but de vider les hôpitaux ou les cimetières. De plus, malgré ce pouvoir spirituel, il semble que la plupart d’entre eux se consacraient à l’évangélisation et à des ministères d’enseignement assez ordinaires. Comme je vais le démontrer ci-dessous, leurs miracles leur ont été accordés principalement pour valider l’autorité divine de leur prédication et de leur message.
Se concentrer uniquement sur les guérisons et les exorcismes, c’est passer à côté de la mission de Jésus et de son Église.
Se concentrer uniquement sur les guérisons et les exorcismes, c’est passer à côté de la mission de Jésus et de son Église : la proclamation. Car cela revient à ne pas saisir le but des miracles.
À au moins une occasion, au début de son ministère, Jésus fut pressé, tant par les foules que par ses disciples, d’accomplir des miracles. Mais écoutez sa réponse : « Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que j’y prêche aussi » (Marc 1.38). Puis, à la fin de son ministère terrestre, Jésus a donné la Grande Commission (Matthieu 28.18-20), envoyant ses apôtres enseigner et faire des disciples. C’était toujours là le centre. Les miracles ne servaient qu’à valider le ministère et le message apostoliques (Matthieu 10.5-8). Mais après la résurrection, il n’était plus nécessaire d’offrir une plus grande preuve ; aucune démonstration de puissance plus grande n’était possible.
Alors, qu’en Est-il des « œuvres plus Grandes » ?
« Celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais ; et il en fera de plus grandes, parce que je m’en vais au Père » (Jean 14.12). Que voulait dire Jésus ?
Il est crucial de noter que cela ne signifie pas nécessairement guérir les malades, chasser les démons ou ressusciter les morts. De plus, je ne sais pas pour vous, mais je n’ai jamais vu quelqu’un accomplir des miracles plus grands que ceux de Jésus. Sommes-nous en train de passer à côté de quelque chose ? Je ne le pense pas. Car une chose est certaine : le ministère des apôtres a permis à un plus grand nombre de personnes de devenir des disciples de Jésus (Actes 2.42). C’est seulement avec eux que l’Évangile s’est rependu de la Judée à la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre (Actes 1.8). Voilà en quoi consiste « l’œuvre la plus grande ».
Je n’ai jamais vu personne accomplir de plus grands miracles que Jésus.
N’est-il pas plus important qu’une personne devienne disciple de Christ plutôt qu’elle reçoive une guérison physique (Marc 2.5 ; Luc 17.11-19) ? Après tout, cette dernière ne dure tout au plus qu’une vie, tandis que la première a une portée éternelle. C’est probablement pour cette raison que Jésus a mis en garde les apôtres contre le fait de fonder leur identité — et, par extension, leur ministère — sur des manifestations de puissance ou des miracles. Au contraire, ils devaient se réjouir de savoir que leurs noms étaient inscrits dans les cieux (Luc 10.20).
Les Miracles Nous Pointent Vers le Monde à Venir
Mais les miracles ont une autre finalité. Ils nous pointent vers le monde à venir. Ils sont une image de notre gloire future, lorsque Dieu renouvellera toutes choses. Ainsi, bien compris, les miracles nous enseignent l’espérance. Il est toujours bon de se rappeler que, pendant son ministère terrestre, Jésus n’a pas guéri tout le monde. De même, les apôtres n’ont pas guéri toutes les maladies. La guérison n’est pas garantie. Vous auriez pu vivre à l’époque de Jésus sans être guéri. À combien plus forte raison cela est-il vrai aujourd’hui ?
Les miracles sont une image de notre gloire future, lorsque Dieu renouvellera toutes choses.
En gardant cela à l’esprit, nous pouvons également voir comment les miracles nous donnent un aperçu du monde à venir. C’est là que tout sera rétabli, rendu parfait (Ésaïe 25.6). Nous jouirons de la communion avec Dieu et les uns avec les autres, tandis que la maladie, la mort et les puissances démoniaques seront bannies à jamais (Ésaïe 25.7-8). C’était incroyablement douloureux de voir mon père dépérir à cause du cancer. Mais c’est la terrible réalité de ce monde déchu. Dans le monde à venir, de telles choses n’arriveront plus jamais.
Une Réponse Biblique aux Difficultés de la Vie
Alors que j’achève cet article, je ne voudrais pas donner l’impression que la maladie, les démons et la mort n’ont aucune importance.
1. Prier pour la Guérison
Jacques exhorte les croyants à prier pour les malades (Jacques 5.13). Dieu peut guérir n’importe qui, s’il le veut. Mais il est important de se rappeler que la guérison survient au temps qu’il a fixé et selon sa volonté. Nous ne devons pas enfermer Dieu dans une boite. Il est souverain et libre, aussi bien de guérir que de le faire selon ses propres voies, et non en réponse à nos ordres.
Je crains que beaucoup d’entre nous ne tombent dans la même tentation que les disciples lorsque Jésus prit Pierre, Jean et Jacques avec lui sur une montagne (Marc 9.2). Restés au pied de la montagne, les disciples furent incapables de chasser un démon (Marc 9.18). Pourquoi ? Jésus dit que cela était dû à leur manque de prière (Marc 9.29). Ils auraient pu guérir l’enfant, mais ils étaient « incrédules » (Marc 9.19).
Nous devons donc prier pour que Dieu guérisse.
2. Résister au Diable et aux Démons
Ensuite, nous ne devons pas nier les traumatismes et les troubles causés par les démons, en particulier dans les contextes africains. Dans de nombreuses régions de notre continent, l’activité démoniaque est très répandue. C’est pourquoi Paul encourage les croyants à « se fortifier dans le Seigneur et dans la puissance de sa force » (Éphésiens 6.10). Il ne s’agit pas là d’une simple formule creuse. Car il poursuit en les exhortant à « revêtir l’armure complète de Dieu » (Éphésiens 6.11) ; à « tenir ferme dans la vérité » (Éphésiens 6.14). Pourquoi tout cela ? Parce que « nous ne luttons pas contre la chair et le sang, mais contre les dominateurs, contre les autorités, contre les puissances cosmiques de ces ténèbres actuelles, contre les forces spirituelles du mal dans les lieux célestes » (Éphésiens 6.12).
3. Pleurer la Mort
Enfin, pour ceux qui ont perdu des êtres chers, l’Église doit pleurer avec ceux qui pleurent, ce qui implique de leur apporter réconfort et soutien pendant ce moment difficile (Romains 12.15). La Bible nous rappelle sans cesse de rechercher le Saint-Esprit, notre merveilleux Conseiller et Consolateur, pour réconforter nos âmes. On entend rarement parler de résurrection des morts, et il n’existe pas non plus de concept de « mort prématurée ».
« Il Nous Donne la Victoire »
Vous et moi ferons, en fin de compte, face à la mort. Nous y serons tous confrontés. Mais pour ceux qui sont en Christ, ce n’est pas la fin. Ceux qui sont en Christ n’ont pas à craindre la mort. D’une certaine manière, elle n’est rien de plus que le passage de ce monde troublé à une existence bienheureuse auprès du Seigneur Jésus. La mort a été vaincue à la croix.
« Ainsi donc, mes frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables… mais grâces soient rendues à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ » (1 Corinthiens 15.55-58).
