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Au cours des dernières décennies, la pratique consistant à décréter et à déclarer s’est répandue comme une traînée de poudre à travers l’Afrique. Cette pratique vient du mouvement Parole de foi, qui met l’accent sur le pouvoir des mots et sur la nécessité de confessions positives dans tous les domaines de la vie d’un chrétien. « Déclarer », c’est énoncer haut et fort un fait, tandis que « décréter », c’est émettre un ordre faisant autorité. Pour les partisans de ce mouvement, cette pratique est une aide puissante à la prière.

Il est compréhensible que les gens veuillent mieux prier. Décréter et déclarer invite les gens à imaginer l’avenir meilleur qu’ils désirent. Ils peuvent ensuite parler avec autorité de cet avenir et de leurs désirs. C’est aussi un moyen de relâcher les pressions de la vie quotidienne, grâce à des mots positifs. Nous, Africains, connaissons le pouvoir des incantations issues de nos religions traditionnelles. Il nous semble donc intuitif que notre christianisme devrait leur ressembler.

Trois Exemples de Décrets et de Déclarations

Je voudrais donner quelques exemples de la pratique consistant à décréter et de déclarer. Ces exemples ont tous été tirés au hasard du web et des réseaux sociaux. Mais ils reflètent la teneur générale des déclarations des adeptes de ce mouvement.

  1. « Que déclarez-vous aujourd’hui ? Que dites-vous et confessez-vous ? Commencez à déclarer la fin dès le début, commencez à dire ce que vous voulez voir arriver au lieu de confesser vos circonstances – et vous verrez des changements dans votre vie. Commencez à prier la solution au lieu de prier le problème. »
  2. « L’autorité que Dieu a donnée à ses enfants est d’avoir la domination et le pouvoir sur toutes choses. Nous déclarons que les vies sont transformées et que les espoirs sont renouvelés. »
  3. « Connaissez-vous le pouvoir des décrets ? La Bible n’a pas été créée uniquement pour être lue… La parole était destinée à être prononcée. À haute voix. Chaque jour. Sur toute situation que vous traversez et qui a besoin d’être changée. »

Ces affirmations reposent-elles sur une compréhension solide de la foi biblique et de la prière?

La question qui se pose pour ceux qui croient à l’autorité de la Bible est la suivante : Ces déclarations reposent-elles sur une compréhension solide de la foi et la prière bibliques ? La réponse que nous trouvons en examinant les écritures est clairement Non. Il n’existe aucun fondement biblique pour la pratique consistant à déclarer et décréter. Ci-dessous je vais brièvement passer en revue les textes bibliques souvent cités pour soutenir cette pratique. Vous verrez que bon nombre d’entre eux sont évoqués dans les déclarations ci-dessus.

1. « Appeler les Choses qui ne Sont pas, Comme si Elles Etaient » (Romains 4.17)

Le sujet de ce verset est Dieu, pas Abraham.

Le verset entier dit : « Selon qu’il est écrit: Je t’ai établi père d’un grand nombre de nations. Il est notre père devant celui auquel il a cru, Dieu, qui donne la vie aux morts, et qui appelle les choses qui ne sont point comme si elles étaient. » Il est essentiel de noter que le sujet de ce verset est Dieu, et non Abraham. Paul nous enseigne ici un attribut de Dieu. Abraham n’avait pas cette capacité. C’est pourquoi il a fait confiance à Dieu pour appeler les choses à l’existence. Abraham n’a jamais confessé ni déclaré quoi que ce soit. Dieu l’a déclaré et l’a fait advenir.

2. « Tu Prendras une Décision et Tu la Verras se Concrétiser » (Job 22.28)

Les paroles d’Éliphaz ne peuvent servir d’instruction pour une bonne théologie.

La principale question à se poser à propos de cette déclaration est la suivante : Qui l’a faite ? Ce n’est pas Dieu. Ce n’est pas non plus Job. C’est une déclaration faite par Eliphaz, l’un des amis de Job. Et si vous lisez le livre de Job jusqu’au bout, vous saurez que plus tard, Dieu adresse une réprimande cinglante à ses amis. Il leur dit : « Vous n’avez pas parlé de moi avec droiture » (Job 42.7). Éliphaz a mal compris les voies de Dieu, et il a été réprimandé pour ses erreurs. Par conséquent, ses paroles constituent un conseil mal avisé. Elles ne peuvent servir d’instruction pour une bonne théologie.

3. « Je Veux Proclamer le Décret de l’Éternel

» (Psaume 2.7)

Ce verset nous enseigne à proclamer les décrets de Dieu, et non les nôtres.

Ce verset peut-il vraiment supporter le poids qu’on lui fait porter ? Le verset entier dit : « Je publierai le décret; L’Éternel m’a dit: Tu es mon fils! Je t’ai engendré aujourd’hui. » Le psalmiste parle d’un décret pris par Dieu. Le psalmiste a entendu ce décret et le partage avec les autres. Le mot « déclarer » est d’ailleurs un terme courant dans les Psaumes, qui signifie « proclamer ». Ce verset nous enseigne donc essentiellement à proclamer les décrets de Dieu, et non les nôtres. Nous devons dire aux autres ce que Dieu a dit. David n’a pas décrété. Nous ne devrions pas le faire non plus.

4. « Veut-on me Questionner sur l’Œuvre de mes Mains? » (Esaïe 45.11)

Personne ne peut commander Dieu.

Le contexte d’Esaïe 45 est celui des plans de Dieu pour la nation d’Israël, afin de la délivrer de la captivité babylonienne. Au cas où quelqu’un qui lirait la prophétie d’Esaïe douterait de la capacité de Dieu à accomplir ses promesses, à partir d’Ésaïe 45.9, Dieu pose une série de questions rhétoriques, remettant en cause les doutes sur ses promesses. Esaïe 45.11 est une question interrogative, voire réprobatrice. « Me donnerez-vous des ordres au sujet de mes enfants et sur l’œuvre de mes mains? » La réponse implicite est que personne ne peut donner des ordres à Dieu. Penser le contraire, c’est ne pas comprendre qui il est.

Décréter et Déclarer Minimise la Prière et Ridiculise Dieu

Ainsi, aucun des passages couramment cités pour appuyer la pratique de déclarer ou de décréter ne la soutient réellement. Lorsqu’ils sont compris dans leur contexte, ils renforcent en fait la puissance souveraine de Dieu face à la faiblesse de l’humanité. La prière est comme de l’oxygène pour un chrétien. Mais pour qu’elle soit efficace, elle doit être faite avec obéissance, en utilisant les mots appropriés et surtout en adoptant la bonne attitude. Commander à Dieu de manière présomptueuse ne lui plaît pas. Cela l’insulte.

Présumer commander Dieu, c’est l’insulter.

Nous devons éviter toute idée mécanique sur le fonctionnement de la prière. La prière n’est pas magique. Dieu n’est pas un génie. Nous ne disons pas « sésame, ouvre-toi » en nous attendant à ce que Dieu réponde à toutes nos prières ou à tous nos caprices. Décréter et déclarer n’est pas la manière selon laquelle Dieu veut que nous priions. Prier ainsi, c’est déshonorer Dieu. Que Dieu nous permette d’apprendre à prier d’une manière qui l’honore.

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