L’évangile de la prospérité enseigne que Dieu veut que son peuple soit riche et en bonne santé. À la base de cet enseignement se trouve souvent l’idée qu’en Christ, Dieu nous a retablis dans les bénédictions de l’alliance conclue avec Abraham. Ces bénédictions sont principalement comprises d’un point de vue matériel, et incluent une bonne santé, la prospérité économique et une victoire totale dans la plupart des domaines de la vie. Les prédicateurs de l’évangile de la prospérité s’appuient largement sur l’Ancien Testament pour étayer leur position, affirmant que Dieu promet à son peuple une richesse abondante et une santé florissante.
Les prédicateurs de l’évangile de la prospérité s’appuient sur l’Ancien Testament pour étayer leur position.
La menace que représente l’évangile de la prospérité a été largement documentée, depuis les révélations accablantes concernant feu T. B. Joshua jusqu’aux façons indéniables dont il déforme tant la foi de l’individu que le témoignage collectif de l’Église. Dans cet article, je souhaite montrer en quoi une meilleure compréhension de l’histoire rédemptrice globale de la Bible — et de ses alliances — constitue un correctif important à l’évangile de la prospérité.
Un Dieu qui ne Manque de Rien
Le récit de la création dans la Bible nous enseigne que Dieu a créé le monde et tout ce qui s’y trouve. À chaque étape de la création, Dieu déclare que ce qu’il a fait est « bon » (Genèse 1.4, 10, 12, 18, 21, 25, 31). C’est là un témoignage de la richesse et de l’abondance incomparable de notre Dieu. L’œuvre de la création n’est pas seulement fonctionnelle, mais aussi généreuse. Nous voyons non seulement la puissance de Dieu, mais aussi qu’il ne manque de rien.
Il y a ici une implication importante : Dieu se suffit à lui-même. Son œuvre dans ce monde n’est pas motivée par nos dons ou nos sacrifices. Il en va de même de sa manière de nous traiter. Cette compréhension de Dieu nous protège notamment contre la tentation de le considérer comme une sorte de talisman, qui serait poussé à nous accorder la richesse à cause de ce que nous faisons pour lui.
Un Peuple qui a Tout Perdu
Après avoir rencontré le Dieu Créateur, considérons maintenant le sommet de sa création : l’être humain (Genèse 1.31). Ces premiers chapitres de la Genèse enseignent que Dieu a donné à l’homme la domination sur le reste du monde (Genèse 1.28-30 ; 2.15). Pourquoi ? Parce que, comme tout ce que Dieu a créé, l’humanité existe pour glorifier Dieu. Notre règne sur le monde, cette domination, devait manifester la splendeur de Dieu et lui rendre honneur. En tant que représentant de Dieu, celui qui porte son image (Genèse 1.27), l’homme a reçu la responsabilité de refléter les bénédictions de la domination et de la puissance de Dieu.
L’homme s’est détourné de Dieu, plutôt que de se tourner vers lui, dans sa quête de satisfaction et de sens.
Mais l’homme s’est détourné de Dieu, au lieu de se tourner vers lui, dans sa quête de satisfaction, d’importance et de sécurité. Nous avons abandonné le Créateur qui se suffit à lui-même pour placer notre confiance dans la création (Genèse 3.6 ; Romains 1.21-23). La pire conséquence de cela ne fut ni la pauvreté ni la mauvaise santé. En réalité, les hommes que nous rencontrons dans la Genèse après la chute vivent extrêmement longtemps et connaissent une certaine prospérité matérielle. Le problème, c’est qu’ils meurent tous ; tous connaissent une pauvreté spirituelle, étant exclus d’Éden et privés de la présence de Dieu dont Adam et Ève jouissaient.
La véritable pauvreté de l’humanité n’est donc pas l’absence de richesses matérielles ou d’une bonne santé, mais l’inimitié avec Dieu.
Les Patriarches de l’Ancien Testament et la Prospérité
Dans l’alliance abrahamique, Dieu promet de se choisir un peuple. À travers ce peuple, Dieu promet de bénir le monde entier. Il promet qu’à partir de la nombreuse descendance d’Abraham (Genèse 12.2-3 ; 15.16) naîtront des nations (Genèse 17.6). Il renouvelle ensuite ces promesses de l’alliance à Isaac et à Jacob. Une fois la nation d’Israël établie, Dieu continue de faire alliance avec elle (2 Samuel 7.12-16), promettant qu’un « fils de David » régnera pour toujours sur Israël et sur les nations (Ésaïe 11 ; Michée 4 ; Zacharie 8).
Comment et quand ces promesses ont-elles été accomplies ? En bref, dans la nouvelle alliance (Jérémie 31.31-34 ; Luc 22.20), par Jésus-Christ, descendant à la fois d’Abraham et de David, la descendance promise à Ève (Genèse 3.15).
Au cœur de la prédication de la prospérité se trouve l’idée selon laquelle la richesse matérielle est un signe de la bénédiction spirituelle de Dieu.
Mais au cœur de la théologie de la prospérité se trouve l’idée que la richesse matérielle est le signe de la bénédiction spirituelle de Dieu. Elle considère l’alliance abrahamique comme la base de notre droit à la santé, à la richesse et à la prospérité. Après tout, affirment les prédicateurs de la prospérité, les bénédictions d’Abraham nous appartiennent, selon Galates 3.14. Ainsi, l’évangile de la prospérité soutient que ceux qui sont en Christ, et qui ont la foi, sont assurés de vivre une bonne vie, la meilleure vie.
Mais cela revient à ignorer l’ensemble du verset. Car Paul écrit : « afin que la bénédiction d’Abraham ait pour les païens son accomplissement en Jésus-Christ, et que nous recevions, par la foi, l’Esprit promis. » Au cœur des promesses et de l’alliance de Dieu se trouve le salut par la foi.
La Prospérité Selon les Prophètes
Les prophètes reprennent Israël pour de nombreuses fautes. Parmi celles-ci revient régulièrement le reproche de Dieu adressé aux riches qui faisaient tout ce qui était en leur pouvoir pour s’enrichir. Cela impliquait souvent d’extorquer et d’opprimer les pauvres et les marginalisés (Ézéchiel 22.29 ; Michée 2.2 ; Amos 4.1 ; 5.11-12 ; Osée 12.7 ; Amos 2.6-8 ; Malachie 3.5). Ainsi, on peut être extrêmement riche tout en étant sous la condamnation de Dieu.
Les prophètes ont également repris Israël pour son orgueil, et pour avoir placé sa confiance dans ses richesses, en croyant qu’elles pouvaient les protéger du jugement. Par exemple, les hommes fortunés d’Israël ne pleuraient pas leur péché, cherchant leur sécurité dans le luxe et les plaisirs (Amos 6.4-7). Leur fin fut l’exil.
On peut être extrêmement riche, et sous la condamnation de Dieu.
D’un autre côté, à travers ses prophètes, Dieu a promis la restauration. Il n’abandonnerait pas son peuple et n’oublierait pas ses promesses. C’est ainsi que nous lisons au sujet du Serviteur souffrant en Ésaïe 53. De manière significative, Dieu promet de l’envoyer pour traiter le péché de son peuple, la pauvreté de leur cœur. Ce langage n’est pas fortuit. Il souligne encore la profondeur du problème d’Israël, et de quoi Dieu devait réellement les délivrer. Il ne s’agissait pas d’une pauvreté matérielle ou d’une mauvaise santé, mais de leur rébellion contre Dieu.
Comment l’Évangile de Prospérité Passe à Côté de l’Essentiel
Le bref aperçu ci-dessus met en lumière la pauvreté spirituelle d’Israël et la gravité du péché. Le salut ne consiste donc pas à avoir plus d’argent en banque. Or, c’est précisément ce que prônent les prédicateurs de la prospérité. Ils considèrent la prospérité matérielle comme le signe ultime de la foi et de la croissance spirituelle. Et pourtant, un coup d’œil à l’Ancien Testament suffit pour constater qu’on peut être aisé matériellement tout en étant loin de Dieu, en bonne santé et en route vers l’enfer.
La nouvelle alliance pointe vers Christ. Il est mort afin de nous sauver d’un sort bien pire que la pauvreté et la maladie. Il a aussi appelé ceux qui le suivent à prendre leur croix tout en tenant leurs biens matériels avec détachement (Marc 10.17-21 ; 1 Timothée 6.17-18). La vie chrétienne inclura même la persécution (Matthieu 5.11-12 ; 2 Timothée 3.2 ; 1 Pierre 1.6).
On peut être à l’aise matériellement et loin de Dieu ; en bonne santé et en route vers l’enfer.
Comme le dit Randy Alcorn : « Nous ne recherchons plus les richesses matérielles, à cause des richesses spirituelles qui sont les nôtres en Christ. » Ou encore, considérons ces paroles célèbres du moine irlandais Dallan Forgill :
Je ne tiens pas aux richesses, ni aux vaines louanges des hommes.
Que tu sois mon héritage, maintenant et toujours.
Que toi seul sois le premier dans mon cœur,
Ô grand Roi des cieux, toi seul es mon trésor.