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En missiologie, l’expression « sept traditionnels » désigne les sept dénominations protestantes qui, pour la plupart, ont initié le travail missionnaire en Afrique au début du XIXe siècle. Ce groupe était composé de presbytériens, d’anglicans, de baptistes, de luthériens, de méthodistes, de réformés danois et de moraves. Ces dénominations ne se contentaient pas d’évangéliser. Elles étaient impliquées dans l’éducation, le développement du travail manuel (ce qu’on appelait à l’époque le travail industriel) et, dans une certaine mesure, dans des actions de plaidoyer.

Cependant, elles se sont peu à peu effacées de la scène missionnaire africaine, d’abord par un processus d’africanisation et d’indigénisation du christianisme, puis par la pentecôtisation et la charismatisation du protestantisme à tel point qu’elles sont devenues, dans plusieurs régions du continent, soit marginales soit quasi inexistantes.

Le trio baptiste-presbytériens-anglicans  figure parmi ceux qui auront le plus grand impact sur le continent au cours des cinquante prochaines années.

Néanmoins, depuis une vingtaine d’années, certains de ces sept traditionnels ont impulsé une dynamique de renouveau missionnaire axée sur l’implantation de nouvelles églises, l’éducation et la formation théologique, ainsi que sur la volonté de former des partenariats tant au niveau africain qu’avec le reste du monde autour de l’héritage réformé évangélique. Au cœur de ce dynamisme, le trio baptiste-presbytérien-anglican est peut-être le plus actif. Bien que le mouvement soit encore relativement marginal, il ne fait aucun doute qu’il sera parmi ceux qui auront le plus grand impact sur le continent, non seulement dans l’église mais aussi sur l’ensemble de la société, au cours des cinquante prochaines années.

Alors que le mouvement continue à se répandre à travers le continent, voici trois éléments, parmi d’autres, dont je pense qu’il ne faudrait pas perdre de vue :

 1. Il n’y a pas une Afrique, Mais Plusieurs Afriques !

Dans la littérature, l’Afrique est généralement présentée comme un pays plutôt qu’un ensemble de pays : on parle des « Africains » comme d’un peuple homogène, et l’on évoque souvent la « religion traditionnelle africaine » comme d’une entité monolithique.  Une approche généraliste peut, dans une certaine mesure, avoir une légitimité. Il existe des similitudes intra-africaines suffisantes pour justifier une généralisation prudente, tout comme on peut parler d’« Occident » de manière générique. Cependant, une généralisation excessive conduit souvent, d’une part, à sous-estimer les différences entre les traditions africaines, et d’autre part, à supposer, à tort, que tout ce qui a fonctionné dans un pays fonctionnera nécessairement dans l’autre.

Dans plusieurs pays, cette supposition s’est avérée coûteuse pour ceux qui ont précipité la duplication des efforts sans prendre le temps de saisir les nuances et subtilités culturelles. Si le mouvement veut rendre justice aux milieux dans lesquels il s’implante, éviter les erreurs du passé, et se montrer pertinent, il doit s’efforcer de comprendre les dissimilarités contextuelles. Or, un mouvement qui semble avoir beaucoup à dire peut se montrer impatient dans sa manière d’écouter, ce qui pourrait s’avérer désastreux.

l’Afrique est généralement présentée comme un pays plutôt qu’un ensemble de pays

Vu sous cet angle, le développement du leadership local devient donc un pilier stratégique indispensable. On regrette, à juste titre, l’impérialisme politique occidental. N’est-il pas déplorable que certains frères, même africains, aient une attitude similaire ?

 2. La Jeunesse Africaine et la Glocalité

Ce n’est pas seulement notre regard sur l’Afrique qui doit être recalibré. Notre perception de sa jeunesse, et du contexte dans lequel elle évolue, méritent eux aussi d’être minutieusement examinés. Cet examen est d’autant plus nécessaire dans un contexte plus large de glocalité. La glocalité est un mot-valise venant de la contraction de deux mots « global » et « local ». Il désigne une approche qui consiste à combiner une vision globale ou universelle des choses et un ancrage solide dans la culture et le contexte local.

D’un point de vue socio-structurel, on peut distinguer deux Afriques : une Afrique vieille et traditionnelle, et une Afrique jeune et urbaine. Cette simplification, devons-nous le rappeler, n’a qu’une visée analytique. S’il est vrai que l’Afrique traditionnelle et rurale est diverse dans ses cultures, mœurs et pratiques cultuelles, l’Afrique urbaine et « moderne » présente des similarités frappantes. Non seulement elle fait face à des défis urbains analogues (le chômage, l’emploi informel, etc.), mais elle est le creuset de la nouvelle civilisation africaine urbaine qui s’exprime à travers une musique, une mode et des styles de vie qui se ressemblent d’une ville à une autre. Cependant, et peut-être paradoxalement, si les structures morphologiques, sociologiques et économiques des milieux urbains dans lesquels de plus en plus de jeunes africains vivent ont beaucoup évolué, les fondements de leur vision du monde n’ont pas suivi le même rythme.

La Complexité de la Jeunesse Africaine

Certains mythes (ces recits qui ont façonné et continue de nourrir l’imaginaire collectif) du jeune Africain « moderne » et urbain sont restés plus proches de ceux de son frère resté au village : le fatalisme et la peur nourrie d’une vision du monde animiste sont toujours présents et ont d’ailleurs trouvé leurs expressions  modernes et urbaines. Nous nous retrouvons donc en face d’un jeune vivant en milieu urbain, qui extérieurement reflète toutes les tendances de la modernité tardive, mais qui, malgré lui, continue de voir le monde comme un jeune animiste resté au village.

Les mythes du jeune Africain « moderne » et urbain sont restés beaucoup plus similaires à ceux de son frère du village

Deux Erreurs dans l’implantation d’églises

Ceux qui cherchent à atteindre ces jeunes pour Christ tombent souvent dans l’un de ces deux extrêmes : le premier consisterait à considérer que le jeune Africain est devenu moderne, et à supposer que tout ce qui est traditionnel ou animiste n’a plus de prise sur lui. Le second extrême suppose au contraire que le jeune Africain est toujours connecté à ses racines africaines. Ils bâtissent des ministères qui insistent sur les rituels de combat spirituel contre les esprits et les sorciers. Si le jeune Africain est repoussé par ce dernier extrême parce qu’il a l’impression d’être étouffé par des pratiques rétrogrades, il est attiré par le premier avant tout à cause de l’image que cela lui permet d’avoir de lui-même : une image de celui qui est instruit et civilisé. Les deux ont cependant du mal, en définitive, à renouveler l’intelligence et à amener toute pensée captive à l’obéissance à Christ.

3. Maudit ou Béni ? Un Regard de la Théologie Biblique

Un Regard Caricatural

Les tentatives de porter un regard juste sur le continent sont souvent entachées de caricatures maladroites. Certains analystes, frustrés par ce qu’ils perçoivent comme un manque de volonté chez les Africains à se développer, concluent que le continent était maudit. D’autres, pour renforcer l’estime de soi des Africains et les motiver à se dépasser, affirment, au contraire, que le continent est plutôt très béni.

Un Regard Biblique

Cependant, la théologie biblique nous aide à développer un regard nuancé. Elle permet d’affirmer que l’Afrique, en tant que création de Dieu, est tout aussi bénie que n’importe quel autre continent. Mais à cause de la chute, elle n’est pas épargnée par la malédiction qui en résulte. Et  pourtant, à cause de la rédemption accomplie par Christ, l’Afrique n’est pas hors de portée de l’espoir qu’apporte l’Évangile de paix. Le cadre paradigmatique de la théologie biblique permet de porter un regard qui ne soit ni triomphaliste ni défaitiste. Il permet aussi de souligner l’urgente nécessité de propager l’évangile : si celui-ci a transformé les vies des gens et des communautés ailleurs, il pourra également transformer le continent pour la gloire de Dieu et le bien de ceux faits à son image.

Quelqu’un a soutenu que l’Afrique a besoin d’un réveil sur fond de la Réforme. Nous partageons cette analyse. Nous nous réjouissons du regain des efforts missionnaires sur le continent.  Cependant, nous devons reconnaître que leur succès dépend, humainement parlant, dans une large mesure, d’un regard juste sur le continent comme point de départ.

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